Sleep No More


Sleep No More est une pièce de théâtre new-yorkaise qui a reçu les meilleurs éloges du New York Times cette année. Personnellement, je n’ai jamais rien vu de tel. C’était un mélange de poésie, de danse, de mystère et d’inquiétude.

Avant d’assister au spectacle, les spectateurs sont avertis des trois règles d’or à suivre impérativement au cours de la représentation. Il faut porter des chaussures confortables, être curieux et surtout, ne pas parler pendant le spectacle. Je sais aussi que la pièce est une adaptation de Macbeth .Celle-ci se déroule dans un ancien hôtel de passe rouvert pour l’occasion. Attention, si vous comptez y aller, ne lisez pas ce qui suit au risque de gâcher l’effet de surprise!

A l’entrée, on nous distribue des cartes de jeu. Je tire le 7 de trèfle. Dès lors, deux étranges personnages viennent nous accueillir: un homme, beau, sensuel, sombre et effrayant et une femme de la même trempe. Ils prennent des voix langoureuses et chargées de mystère et ils me font un peu penser à Gomez et Morticia Adams, mais sans toiles d’araignée. Nous pénétrons dans une sorte de petit salon revêtu de velours rouge où une douce musique jazz flotte par dessus les bougies qui illuminent la pièce. Un groupe joue un air lascif qui renforce encore l’ambiance étrange des lieux.

Soudain, l’homme appelle toutes les personnes qui ont reçu un As à se diriger vers une autre pièce, masquée à notre vue par de grands rideaux pourpres. Vient bientôt le tour du 7. Je rejoins des personnes que je ne connais pas et suis séparée des personnes que je connais. Nous pénétrons dans une petite pièce peinte en noire, et recevons un masque blanc et étrange, aux pommettes hautes et au menton proéminent (du type de ceux que l’on voit dans Eyes Wide Shut). Nous avons ordre de le porter et de désormais plonger dans le silence jusqu’à la fin de la représentation. Nous avons tous l’air intrigués, livides mais une certaine poésie émane de cette configuration particulière; nous sommes comme des pantins fantomatiques bercés par l’atmosphère des lieux. Un groom surgit alors, nous invitant à le suivre dans l’ascenseur de l’hôtel. Lui aussi aborde une voix au timbre sensuel et il semble apprécier notre perplexité. Il appuie dès lors sur le bouton du premier étage et nous avertit que l’on peut quitter l’aventure à tout instant en retournant au bar à Jazz. L’ascenseur s’arrête donc et une jeune fille située près des portes se dirige vers l’extérieur. Nous amorçons un pas afin de la suivre dans le couloir lugubre où elle s’engage, mais le groom referme les portes sur elle. Elle part seule, sans se douter de rien. Je me demande quelle tête elle a fait sous son masque blanc, lorsqu’elle s’est rendue compte de sa solitude. Le groom appuie sur un autre bouton et nous poursuivons notre ascension dans l’hôtel.

Lorsque les portes s’ouvrent, nous nous retrouvons dans un couloir sombre et froid, recouvert par une fine couche de fumée et enveloppé dans une lumière bleutée. Une musique quelque peu angoissante accompagne nos pas et je ne tarde pas à me retrouver seule. Et pour cause, nos chemins se séparent rapidement et chacun emprunte la voie qui lui semble la plus intrigante. Je me rappelle: il faut que je sois curieuse. Je regarde donc partout, je lève la tête, regarde au sol. Je me retrouve dans un labyrinthe dont les parois sont faites de rangées d’arbres. Toujours cette musique troublante. Je tombe sur un bélier empaillé. Je me souviens du sentiment d’amusement qui me saisit alors; j’ai l’impression de jouer moi même un rôle dont j’ai tout à définir dans un cadre que je peux interpréter à ma guise. Je me balade dès lors comme le petit Chaperon Rouge se serait baladée dans la forêt, les bras ballottants, en dansant presque au rythme de la musique. En avançant, je découvre une succession de pièces plus étranges les unes que les autres. Un dortoir d’asile, un cimetière, une salle de bal, un cabine de taxidermiste, une confiserie. Autant d’endroits absolument magnifiques, effrayants et poétiques à la fois. Je fouille les tiroirs, les bocaux et les étagères, en trouvant des documents de toutes sortes, des lettres d’amoureux transits, et même des bonbons (j’ai bien aimé cette trouvaille-là !). Soudain, je vois un petit groupe de personnes masquées courir après un homme au visage découvert. Je décide de les rejoindre et me lance à la poursuite de ce que je devinai être un acteur. Après avoir descendu quelques volées d’escaliers, l’acteur s’arrête et se retrouve face à face avec un autre homme démasqué. A mon étonnement, ils s’asseyent autour d’une table de poker et commencent à jouer en buvant du whisky. Il semblent hostiles l’un à l’autre, et finissent par se battre. Pour jouer la scène, ils entament une sorte de danse furieuse et ne manquent pas de bousculer les quelques 40 personnes qui se sont maintenant attroupées autour du spectacle. Les deux hommes continuent de tournoyer et de se lancer sur les meubles et les murs, lorsque l’un d’eux, Macbeth,  se saisit d’une pierre et assassine l’autre. Et le meurtrier de s’enfuir. Et les masques blancs de reprendre leur course pour le suivre.

Ainsi, j’ai assisté à de nombreuses scènes sans toujours bien comprendre leur lien ou leur signification. Des scènes de danse, la scène ou Mme Macbeth donne le bain à son mari nu, couvert de sang, la scène où ils s’enlacent, des scènes d’enquête de police et surtout une scène orgiaque plus qu’interpellante. En effet, m’étant élancée à la poursuite d’un acteur, je tombe face à face avec un mur recouvert d’un grand rideau noir. Je le soulève et découvre un escalier dérobé derrière. Je commence donc à descendre et j’entends petit à petit une musique électronique qui jurait par rapport à tout ce que j’avais vu jusque là. Je m’avance donc vers la source du bruit et le spectacle que je vois me scotche sur place; deux femmes au seins nus sont en train de danser et de se caresser lascivement, un homme noir et nu portant une tête de bélier en guise de masque danse autour d’elles, tel un satyre enveloppant des nymphettes. Le tout accompagné de cette musique qu’on pourrait qualifier de “transe” et d’un éclairage psychédélique composé de stroboscopes et de lasers verts. Bref, je me suis vraiment crue dans la scène d’orgie d’Eyes Wide Shut, mais en plus malsain encore. Mais même si le malaise était de mise face à cette curieuse danse, la fascination battait son plein dans la tribune des masques blancs.

En bref, Sleep No More était vraiment une expérience hors du commun, intrigante, étonnante et tout simplement magnifique, où l’on peut ne pas très bien comprendre le sens de la pièce, mais où l’on peut combler cette lacune en s’immisçant soi-même dans la peau d’un acteur. Cette pièce nous offre l’opportunité de participer à l’atmosphère générale et d’offrir notre jeu au tableau. Imaginez-vous en train de vous balader dans le labyrinthe que je vous ai décrit au début, seul, en entr’apercevant au loin la pointe d’un masque blanc se dirigeant dans votre direction. Imaginez-vous en train de visiter le bureau d’un détective privé avec des photos de meurtre (mais sans le côté gore des experts) et un masque blanc penché dessus avec une grosse loupe. Imaginez-vous en train de danser dans la salle de bal avec les acteurs, sur une valse triste qui rappelle celle qu’entonnent les fantômes dans la maison de l’horreur de Disneyland. Je ne saurais assez bien décrire toute cette ambiance vraiment fascinante sans la dénaturer. Je vais donc m’arrêter là 🙂 Pour plus d’informations, visitez le site web de la pièce; Sleep No More. Il existe aussi une sorte de “trailer” de la pièce avec un aperçu musical; Sleep No More

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